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Jaguar S-Type: Portrait d’une conversion

Jaguar S-Type: Portrait d’une conversion

Lancée en 1999, la S-Type est rapidement devenue l'un des fleurons de la marque Jaguar. Pour connaître une nouvelle jeunesse, elle reçoit aujourd'hui quelques soins esthétiques. Et, surtout, se convertit à la religion Diesel. Ce qui passera pour un crime de lèse-tradition pour quelques irréductibles...

...traduit en fait un réalisme économique opportun.

Depuis son lancement en 1999, la Jaguar S-Type n'avait connu que quelques menues modifications mécaniques en 2002, s'offrant alors notamment deux nouvelles motorisations (4,2 l version R et V6 2,5 l). Mais, au niveau du style, le véhicule était resté fidèle à son image notariale, opulente et un tantinet rétro. Cette fois, les dirigeants de la marque ont jugé loisible de réformer le design de la voiture. Réforme qui préfère le charme des subtils chemins de traverse à la tentation du manifeste architectural radical. "Cette voiture a tellement de caractère qu'elle n'a pas besoin de beaucoup d'artifices. Il s'agissait simplement de réaffirmer ses valeurs", glisse ainsi Ian Callum, directeur du bureau de style Jaguar. Wayne Burgess, designer Jaguar impliqué dans le projet "nouvelle S-Type", renchérit : "Nous désirions reprendre l'essence de la S-Type tout en l'épurant davantage. Les changements ne sont donc pas extrêmes, mais ils n'en demeurent pas moins importants." De fait, la nouvelle S-Type se révèle plus dynamique et agressive. De petits coups de crayon mesurés ont suffi à modifier significativement sa silhouette, sans altérer le principe de reconnaissance immédiate du modèle. A l'avant, où la notion architecturale de façadisme règne en maître, les retouches ont principalement concerné la calandre. Plus droite et plus carrée, celle-ci s'affirme avec une évidence encore accrue comme le motif central de la voiture. La grille de calandre est aussi plus proche de celle que l'on trouvait précédemment sur la version R. "Il existe un lien plus direct entre le nouveau modèle et l'ancienne version R, pour étendre cette approche sportive aux voitures dites plus classiques", reconnaît d'ailleurs volontiers Ian Callum, en précisant que la nouvelle R est aussi plus sportive que naguère. "Nous avons aussi retravaillé les prises d'air, par le biais d'une construction plus géométrisée, ainsi que le bouclier, afin d'aboutir à une face avant plus homogène", indique Wayne Burgess. Par ailleurs, le capot étire sa forme en V de façon plus affirmée et ses nervures sont plus saillantes. Il convient aussi de noter que le capot de la nouvelle S-Type est en aluminium et qu'il ne pèse que 11 kg.

Le restylage concerne principalement la poupe de la S-Type et s'accompagne d'une offre de finition "aluminium"

De profil, les designers ont cherché à dessiner une unique ligne partant de l'avant vers l'arrière, sans à-coup ni rupture. "Le panneau de porte descend aussi plus bas qu'avant pour renforcer le fuselage du modèle dans une veine d'inspiration aéronautique", souligne Wayne Burgess. Mais c'est bel et bien l'arrière du véhicule qui a connu le restylage le plus net. Selon les représentants de la marque, la poupe de la S-Type, parfois jugée pataude, voire indigeste, était la partie la moins appréciée de la voiture. Elle a donc été rehaussée d'environ 30 mm, ce qui confère au véhicule une ligne plus horizontale avec un décrochage moins affirmé. Les blocs optiques ont aussi été surélevés et ils viennent légèrement mordre les flancs du véhicule. "Dans un souci d'équilibre général et à l'image des feux d'un jet", s'enthousiasme Wayne Burgess. Enfin, au chapitre des détails, soulignons que le bouclier a été allégé, que la forme ovale du logement de la plaque d'immatriculation a été atténuée pour réduire le nombre de lignes interrompues et que la plinthe de la malle arrière, qui reste l'écrin de la signature de la marque, s'étend désormais sur toute la longueur entre les feux. En somme, tout en modération, le restylage de la S-Type est une délicieuse réussite. A l'intérieur, on retrouve l'identité Jaguar, faite de luxe, d'aisance et de sérénité mêlés. A l'exception d'un nouveau dessin pour les cadrans et d'un élargissement de l'éventail des habillages, l'habitacle reste donc fidèle à ses valeurs… sûres. Sauf que les clients désireux d'acquérir une S-Type auront pour la première fois une alternative au choix du bois. Une finition aluminium, qui aura l'heur de plaire aux nostalgiques de la Type-E par exemple, est en effet proposée pour les versions Sport et R ! Une petite révolution qui sera sans doute occultée par une autre révolution bien plus spectaculaire…

Après trois ans et demi de développement et 350 millions d'euros d'investissements, le bloc AJD-V6 livre enfin ses secrets… réjouissants !

En effet, la S-Type peut dorénavant rouler au Diesel ! Annoncé il y a près d'un an, le moteur AJD-V6 2,7 l est aujourd'hui inscrit au catalogue Jaguar. Fruit de la collaboration entre les groupes PSA Peugeot Citroën et Ford sur le Diesel, ce moteur est la troisième expression probante d'un programme qui a déjà vu naître un petit 1,4 l et un duo 1,6 l et 2,0 l. Le AJD-V6 a nécessité trois ans et demi de développement et 350 millions d'euros d'investissement, dont 47 millions pour la transformation de l'usine de production de Dagenham, en Grande-Bretagne. Contrairement à ce qui s'était passé pour le 4 cylindres Diesel de la X-Type, les ingénieurs Jaguar ont cette fois pu intervenir dès le début du projet. L'intégration du moteur est donc très aboutie et la qualité sonore et vibratoire du véhicule irréprochable. Le bloc AJD exploite la 2e génération de technologie d'injection directe par rampe commune, ce qui lui permet de fonctionner à des pressions élevées (1 650 bars) et de réaliser des injections multiples. Ce bloc en fonte graphitée compactée ne pèse que 202 kg et s'avère extrêmement rigide. "Nous avons aussi réalisé un important travail sur sa résistance, avec un vilebrequin en acier matricé et des chapeaux de palier de ligne d'arbre à vis transversale par exemple, et sur sa longévité", ajoute Paul Walker, ingénieur en chef du programme S-Type. Performant, avec une puissance de 206 ch et un couple maxi de 435 Nm à 1 900 tr/min, ce moteur tient toutes ses promesses, même s'il n'est pas associé au FAP. A la fois racée et linéaire, la S-Type offre un agrément de conduite remarquable, uniquement altéré par une légère tendance au survirage (que l'assistance électronique se charge de vous faire oublier) et par les plages d'inertie de la boîte automatique ZF 6 rapports dans certaines phases d'accélération.

Avec l'offre Diesel, Jaguar fait passer son potentiel de clients de 20 à 50 % sur ce segment

Si la conversion de la S-Type au Diesel fera immanquablement grincer des dents une poignée de "puristes", force est de constater que le défi technique a été relevé avec brio. Au premier regard, le défi économique qui s'annonce aujourd'hui est tout aussi affriolant. "Dans un marché où plus de 80 % des berlines sont équipées de moteur Diesel, il était indispensable pour Jaguar de proposer une S-Type disposant non seulement d'une motorisation Diesel, mais aussi faisant valoir son silence, sa souplesse, un couple important et une consommation très raisonnable", explique ainsi Didier Pédelmas, directeur général de Jaguar France. Les deux derniers arguments sont capitaux sur le marché européen. En outre, sur ce segment haut de gamme, 63 % des clients qui optent pour le Diesel choisissent un moteur dont la puissance est comprise entre 170 et 220 ch. Bref, comme l'affirme Didier Pédelmas, Jaguar "est, avec la S-Type Diesel, vraiment dans le mille, sur le cœur de ce segment de marché". En effet, avec l'ajout d'une offre Diesel, Jaguar voit son spectre de clients passer de 20 à 50 % sur ce segment ! En outre, Jaguar entrebâille la porte du marché des flottes d'entreprises. "Nous disposons véritablement d'un produit de conquête qui doit nous permettre de gagner des parts de marché dans des proportions significatives", se réjouit Didier Pédelmas. Cette vérité française se vérifie aussi dans nombre d'autres pays européens (Espagne, Italie, Allemagne…). Après un vaste programme de prélancement auprès des clients Jaguar et de prospects, et une importante campagne de publicité, la S-Type sera officiellement commercialisée le 3 juin. A cette occasion, une série de lancement, baptisée "First Edition" et limitée à 350 exemplaires, sera proposée aux clients. Cette série s'applique aux S-Type essence comme Diesel et s'accompagnera d'une série limitée sur la XJ6. Selon Didier Pédelmas, "il est en effet important de laisser le choix aux clients de la marque". La conversion de la S-Type au Diesel ouvre donc de vastes perspectives à Jaguar. Une conversion d'ores et déjà réussie en somme. Et Jaguar de faire sienne l'idée kantienne selon laquelle "la foi est une certitude objective"

Alexandre Guillet

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