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“Laurent Burelle a pris des risques, mais calculés, pour développer agressivement son entreprise”

Guy Maugis, président du groupe Robert Bosch France.

“Laurent Burelle a pris des risques, mais calculés, pour développer agressivement son entreprise”

Laurent Burelle citant volontiers le groupe Bosch comme étant une référence dans l’univers des équipementiers automobiles, nous avons demandé à Guy Maugis ce qu’il en pensait.

JOURNAL DE L’AUTOMOBILE. Comment expliquez-vous que le groupe Bosch soit si souvent évoqué par Laurent Burelle à titre d’exemple “à suivre” ?
GUY MAUGIS.
Je sais que Laurent Burelle est admiratif du groupe Bosch, mais je ne saurais vous affirmer pourquoi. Il est certain que Bosch étant un modèle de groupe familial et que la “maison Burelle” étant également un groupe familial, il y voit sans doute un certain nombre de similitudes, en termes de fonctionnement et une réussite qu’on souhaite à Plastic Omnium. En considérant le décalage de date de lancement entre Bosch et Burelle, rien ne nous permet de dire que dans 100 ans, Plastic Omnium n’aura pas la taille de Bosch aujourd’hui ! Par ailleurs, en termes de mode de gouvernance, il y a, indiscutablement, du Robert Bosch dans un Burelle.

JA. Quel regard portez-vous sur la façon dont il a amené Plastic Omnium à ce niveau de performance ?
GM.
Tout d’abord, ce qu’il a fait de Plastic Omnium est remarquable, sur le plan stratégique et opérationnel. C’est rare de trouver, dans la même personne, la capacité de vision stratégique qu’il a indéniablement, et celle de rentrer dans le détail, pour faire en sorte que les choses se déroulent correctement. Que ce soit par lui-même ou parce qu’il a bien su le déléguer, mais avec un souci du détail et de la précision, qui est toute germanique. J’ajouterais son attachement aux métiers d’origine du groupe et à l’origine familiale du groupe.

JA. Laurent Burelle délivre souvent une image que l’on pourrait qualifier de “vieille France” qu’est-ce que cela vous inspire ?
GM.
Si le côté “vieille France”, se traduit par respecter la personne qui est en face de soi, adopter une forme de convivialité distante et poursuivre le maintien de certaines valeurs, alors, il a ce côté “vieille France” que vous évoquez. Il aime bien, et c’est la façon dont il fonctionne, le respect de la parole donnée, Laurent Burelle est quelqu’un de très droit. J’avoue bien aimer cela. Par ailleurs, il possède cette faculté de savoir bien écouter, il ne s’agit pas d’une écoute feinte de politesse, pour faire plaisir, mais d’une écoute active, récurrente. C’est précieux, et l’aide, sans doute, à concevoir une stratégie, qui se révèle la bonne depuis une vingtaine d’années. Par exemple, il n’était pas évident pour un groupe de cette taille, d’aller massivement en Chine.

JA. Diriez-vous que Laurent Burelle a pris des risques, stratégiquement ?
GM.
Il a pris des risques mais calculés. Ce n’est pas quelqu’un qui a “joué la maison”. Il s’est montré agressif dans son développement, mais il n’a pas parié sur un ou deux coups. Il y a une vision et une rigueur extrême dans l’exécution.

JA. Vous évoquez la maison en parlant de l’entreprise, quels seraient les avantages que vous avanceriez pour définir les atouts de l’entreprise familiale ?
GM.
En tout premier lieu, j’évoquerais la vision à long terme, la capacité à résister aux discours d’analystes, qui, éventuellement, affirmeraient qu’à court terme il serait préférable de se séparer de la branche environnement, parce que cela n’aurait rien à faire avec l’activité principale, et parce qu’être “pure player” ce serait mieux. On peut parler d’une bonne combinaison entre l’intérêt à long terme de la famille et de l’entreprise, puis de l’actionnaire, qui affiche aussi ses objectifs à court terme (la bourse !). Mais Laurent Burelle a démontré que les deux étaient possibles, parce que le parcours boursier de Plastic Omnium est remarquable. Le fait d’avoir une continuité dans l’actionnariat et dans le management n’est pas une mauvaise chose.

JA. On se pose toujours la question, pour Plastic Omnium, du maintien en France de nombreux centres de R&D et même de production, est-ce que c’est encore possible de continuer en France dans cette voie, et d’être compétitif ?
GM.
Oui, bien sûr, et il faut arrêter de se tirer une balle dans le pied : les coûts de production et les coûts de R&D sont du même niveau en France qu’en Allemagne, et en R&D, ils continuent d’être moins chers en France qu’en Allemagne, grâce au “Crédit Impôt Recherche”. Si l’industrie automobile allemande arrive à être compétitive, ce n’est pas un problème de prix de revient, c’est autre chose, c’est une question de marché, de prix de vente des produits, mais en ce qui concerne la recherche, la France est très bien positionnée. En R&D, ce ne sont pas 5 ou 10 % qui font la différence, c’est la qualité des gens, et leur capacité à trouver du produit. Et nous avons des ingénieurs de haut niveau en France.

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