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“C’est un homme très attaché à sa liberté mais qui unit très étroitement liberté et responsabilité”

Michel Rollier, président de la Plate-Forme Automobile.

“C’est un homme très attaché à sa liberté mais qui unit très étroitement liberté et responsabilité”

Président de la PFA et du conseil de surveillance de Michelin, Michel Rollier nous délivre son éclairage sur Laurent Burelle, à la fois défenseur de la tradition familiale et de l’innovation technologique.

JOURNAL DE L’AUTOMOBILE. Lors de l’élection de l’Homme de l’Année, de grands noms de l’industrie automobile ont été cités, et c’est celui de Laurent Burelle, de Plastic Omnium qui est ressorti, comment l’expliquez-vous ?
MICHEL ROLLIER.
Plastic Omnium est l’une des “stars” de l’industrie économique française et je ne suis pas sûr qu’il y ait beaucoup d’entreprises dans l’équipement automobile, et aussi, hors de l’automobile, qui puissent augmenter leur chiffre d’affaires de 50 % en trois ans. Quand on regarde l’année 2012, on note une progression de 50 % par rapport aux trois ans qui précèdent, et l’exercice est aussi valable pour 2013. Peu d’entreprises dans le monde - et encore moins dans le domaine de l’automobile - peuvent se targuer d’obtenir de tels chiffres. Rien que cela fait se demander qui a réussi cela, et comment !

JA. Les équipementiers sont plutôt rares à remporter ce prix, on leur préfère souvent les patrons des constructeurs, parfois des pilotes et des designers, est-ce que cela vous surprend qu’un jury de journalistes mette en valeur un équipementier ?
MR.
Bien au contraire ! D’abord, il est désormais reconnu que la part de la valeur ajoutée par les équipementiers, dans un véhicule fini, ne fait que croître. Des études récentes montrent, par ailleurs, que ce pourcentage de valeur va encore augmenter. Ce seul constat nous rappelle qu’on n’a pas le droit de regarder l’industrie automobile, en se concentrant seulement sur les constructeurs, quel que soit leur mérite immense, comme BMW ou Tesla, qui étaient aussi en lice. J’ajouterais un second point, puisque votre prix est emblématique, il attire l’attention sur une personnalité et aussi sur un métier, et je crois que la France a la chance, et même l’honneur, d’héberger un grand nombre de très belles entreprises d’équipements. Vous en avez choisi un, et indirectement ce prix peut attirer le regard sur les autres. Au-delà des autres grands équipementiers les plus connus, Valeo, Faurecia, ou Michelin… il existe une famille d’ETI françaises (Entreprises de Taille Intermédiaire), qui ont des succès magnifiques et qui ne sont peut-être pas suffisamment reconnues dans notre pays.

JA. Vous pensez que ce coup de projecteur porté sur un équipementier permettra de mieux mettre en valeur cette profession ?
MR.
Au-delà de la personnalité de Laurent Burelle qui, à elle seule, attire déjà l’attention, il y avait quand même ce souci, je pense, d’une part, de rendre hommage à une entreprise qui, encore une fois, affiche une croissance magnifique, et d’autre part, de profiter de cette occasion, dans une France, aujourd’hui, qui se pose beaucoup de questions sur l’avenir de son industrie, pour dire que l’industrie automobile, ce ne sont pas que les constructeurs mais aussi les équipementiers. Et que nous en avons de très beaux, de très grands comme Plastic Omnium, et d’autres plus petits qui composent, tous ensemble, une famille remarquable, à qui il faut, non seulement rendre hommage, mais qui doivent aussi servir d’exemple pour d’autres industries, en montrant comment ils ont construit leur succès.

JA. Pourtant, il est coutumier de se plaindre du manque de PME de belle taille en France ?
MR.
Le tissu est tout à fait insuffisant, certes, mais il y a tout de même un certain nombre de belles entreprises, d’ETI qui ont gagné leurs galons de multinationales leaders. C’est peut-être également quelque chose que, personnellement, j’aime beaucoup dans cette élection de l’Homme de l’Année, c’est l’occasion de souligner, encore une fois, combien le succès d’une entreprise dépend finalement de ses dirigeants. Et c’est un message fort qui résulte de ce prix.

JA. En préambule des débats pour l’élection, nous rappelons l’importance des qualités humaines qui doivent présider à toute nomination. Laurent Burelle s’est inscrit naturellement dans ce cadre, qu’en pensez-vous ?
MR.
C’est ce qui est très rassurant. Je suis très heureux de vous entendre dire que lorsque vos jurys se réunissent, ils constatent tous qu’il y a une adéquation entre le succès de l’entreprise et les qualités de son dirigeant, il n’y a pas de mystère, de secret dans la réussite.

JA. Vous fréquentez Monsieur Burelle, pourriez-vous nous dessiner son portrait ?
MR.
Je ne pourrais pas faire son portrait parce que je ne le connais pas assez bien, à titre personnel. Cependant quelques traits émergent. Tout d’abord, et ce n’est pas un scoop, c’est un homme qui est très soucieux de sa liberté. De ce point de vue, sa capacité à garder Plastic Omnium en tant qu’entreprise familiale lui assure cette liberté remarquable. C’est un homme très attaché à sa liberté mais qui unit très étroitement liberté et responsabilité, parce que la liberté seule est dangereuse. Laurent Burelle a un profond sens des responsabilités, de son devoir à l’égard de son entreprise et de sa famille. Le respect qu’il voue à son père, en particulier, montre bien qu’il a le souci de s’inscrire dans une continuité. On lui a confié une responsabilité, il doit l’assumer et, un jour, il devra la transmettre.

JA. En quoi l’alliance entre liberté et responsabilité lui est-elle, en quelque sorte, si personnelle ?
MR.
Ce couple liberté responsabilité, pour moi, est très fondamental dans ce que je peux connaître de sa personnalité. Je crois que c’est également quelqu’un qui a compris que la force première d’une entreprise, c’est la confiance. La confiance en soi pour commencer – il n’y a rien de pire qu’un chef d’entreprise ou qu’un responsable qui n’ait pas confiance en lui – puis la confiance qu’il sait porter à ses équipes. Quelqu’un en qui les équipes ont, aussi, confiance. Ce mot confiance vient très rapidement compléter les mots liberté et responsabilité. Il est forcément courageux aussi, parce que vous ne pouvez pas être chef d’entreprise sans être courageux. Et stratège, car il n’y a pas de réussite sans bonne stratégie et comme il y a réussite, il y a forcément un stratège.

JA. La réussite est exemplaire, ne croyez-vous pas, cependant, que la taille de l’entreprise puisse être rapidement considérée comme critique à l’échelle des multinationales œuvrant sur les marchés ?
MR.
Premièrement, Plastic Omnium est devenu une entreprise globale comme le sont devenues toutes les grandes entreprises multinationales françaises. Deuxièmement, elle a déjà démontré sa capacité “globale” dans de très nombreux pays. La capacité globale et le leadership technologique, elle les a, et elle a également le marché puisque l’automobile se tournera de plus en plus vers les composites, domaine dans lequel Plastic Omnium a une véritable maîtrise technologique. Par ailleurs, l’entreprise génère manifestement les ressources qui permettent de soutenir un taux de croissance important, et au regard du taux de progression auquel on vient d’assister, il est important de se projeter dans l’avenir !

JA. Quels sont les leviers sur lesquels il s’est appuyé, selon vous, pour développer Plastic Omnium ?
MR.
Le leadership technologique, c’est évident. Quand on parle avec ses clients, on voit bien que ce leader technologique est majeur, tant au niveau de la maîtrise du produit que du procédé, les deux vont toujours de pair.

JA. Le fait que Plastic Omnium soit une entreprise familiale constitue-t-il un atout majeur pour une entreprise française aujourd’hui, ou, au contraire, est-ce plus contraignant ou plus exigeant ?
MR.
Laurent Burelle consacre beaucoup d’efforts pour le maintien de cet actionnariat familial et je salue ses efforts. Si l’on doit avoir un regret en France, parmi d’autres, c’est que l’on n’ait aussi peu d’entreprises familiales en France, à la différence de l’Allemagne. Sur ce point Laurent Burelle est plus proche du modèle allemand, et on sait que cela fonctionne plutôt bien. Le modèle familial peut être extrêmement dangereux s’il est mal compris. C’est absolument à l’opposé de ce qui se passe chez Plastic Omnium. L’actionnariat familial lui permet de prendre quelques risques, et aussi de prendre des engagements de long terme, sans doute plus facilement que lorsqu’on doit tout expliquer à un marché financier, qui est souvent un peu court-termiste. Donc globalement, c’est un facteur de succès que l’on retrouve dans beaucoup d’entreprises familiales.

JA. Est-ce que vous saluez le fait que Laurent Burelle veuille conserver ses centres de R&D en France, qu’il refuse les subventions d’Etat pour garder sa liberté ?
MR.
Il investit aussi dans des centres de R&D à l’étranger, en soulignant, de manière importante, la nécessité de la proximité avec ses clients. Comme pour Michelin, il est essentiel d’être proche de ses clients, surtout pour la partie développement. L’un n’exclut pas l’autre. Cela dit, il faut reconnaître qu’il y a, en France, de grands talents en matière de Recherche et Développement. J’aimerais que les efforts des grandes multinationales françaises qui, bientôt, auront 80 % de leur activité hors de France, que ces efforts pour rester fidèles à leurs racines, soient récompensés comme ils le méritent, en leur rendant hommage, plutôt qu’en les critiquant bêtement, comme on le fait trop souvent, en France.

JA. Donc, le fait d’avoir ses centres de R&D en France…
MR.
N’est pas un handicap. En revanche, il faut pouvoir accueillir, dans les centres de recherche français, des chercheurs du monde entier. Il faut que la France reste un pays attractif. Les chercheurs français sont véritablement excellents.

JA. Quel est le rôle de Plastic Omnium dans la PFA ?
MR.
D’une part, Laurent Burelle est membre du conseil d’administration, et d’autre part, la plate-forme dans les domaines techniques faisant appel à des compétences venant de tous les horizons de l’automobile, Plastic Omnium contribue à nos différentes actions, en déléguant des experts dans différents domaines technologiques. La PFA, je le rappelle, reste une entité très légère, composée de quelques personnes, parce que sa vocation est de s’appuyer sur l’ensemble des organisations, qui existent déjà dans l’industrie automobile. Le soutien de Plastic Omnium nous est donc très précieux dans le domaine de l’innovation technologique.

JA. Si vous aviez un message à lui faire passer, quel serait-il ?
MR.
Le seul message qu’on pourrait lui faire passer, c’est de continuer ! Continuez dans ce que vous faites, nous avons tous besoin de Plastic Omnium.

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