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Éric Laforge, Stellantis Pro One : "L’Europe reste un pilier majeur de notre stratégie"

Publié le 1 juin 2026

Par Robin Schmidt
7 min de lecture
À la suite de la présentation du plan FaSTLAne 2030, Éric Laforge, responsable de Stellantis Pro One depuis janvier 2026, est revenu sur la feuille de route de la division dédiée aux utilitaires. Entre l’arrivée des motorisations hybrides, l’enrichissement de l’offre de services ou encore le développement de véhicules autonomes, le constructeur ne manque pas d’ambitions pour devenir le leader mondial du segment.
Stellantis Pro One plan stratégique utilitaires
Responsable de Stellantis Pro One depuis janvier 2026, Éric Laforge a détaillé la feuille de route de la division dédiée aux véhicules utilitaires pour les prochaines années. ©David Plas Photography

Le Journal des Flottes : Lors de la présentation du plan FaSTLAne 2030, vous avez annoncé le lancement de onze nouveaux modèles, ainsi que deux nouvelles plateformes de fourgons multi-énergies, introduisant pour la première fois des versions hybrides

Éric Laforge : Nos deux nouvelles plateformes multi-énergies nous permettront de proposer un large choix de motorisations, incluant du thermique, du 100 % électrique mais aussi effectivement désormais du microhybride. Dans certaines régions, comme l’Europe, le microhybride aura, à terme, pour vocation de remplacer le 100 % thermique. Mais nous nous intéressons également à d’autres formes d’hybridation, comme l’hybride rechargeable ou encore des versions à prolongateur d’autonomie qui pourront être déployées sur certains marchés. Nous prendrons la meilleure solution qui existe pour chacune des régions que nous devrons couvrir.

 

Sur les onze nouveaux modèles que nous avons annoncés d’ici à 2030, il y aura deux nouveaux vans, en particulier pour l’Europe. Nous allons en effet renouveler nos modèles sur le segment des fourgons de taille intermédiaire, où nous avons par exemple aujourd’hui le Citroën Jumpy et le Peugeot Expert, mais aussi celui des grands fourgons, avec nos Opel Movano, Peugeot Boxer, Citroën Jumper ou encore Fiat Ducato. Lorsque nous commercialiserons ces nouveaux véhicules, il y aura donc des solutions thermiques, 100 % électriques et hybrides.

 

En Europe, le microhybride aura, à terme, pour vocation de remplacer le 100 % thermique

 

JDF : La technologie 100 % électrique reste-t-elle un pilier de la stratégie de Stellantis Pro One ?

E.L. : Le full electric reste évidemment un élément central de notre feuille de route. Mais il serait déraisonnable de penser que la technologie 100 % électrique aura le même engouement sur les utilitaires que sur les véhicules particuliers. Au mois de mars 2026, nous avons donc lancé, dans tous les pays européens, une opération commerciale visant à proposer des modèles électriques au prix du diesel. La Commission européenne nous demande en effet d’assurer un certain pourcentage de ventes de véhicules utilitaires électriques. Mais lorsque nous regardons le marché européen sur ce segment, les ventes peinent à décoller, et le prix reste l’un des principaux freins à l’adoption de ces véhicules, notamment chez les petites flottes. Il reste donc aujourd’hui encore 85 % des clients à convaincre.

 

Stellantis véhicules utilitaires légers électriques

En alignant les prix des utilitaires à batterie sur ceux roulant au diesel, Stellantis Pro One souhaite aider ses clients professionnels à franchir le cap de l'électrique. ©Stellantis

 

JDF : Vous avez également annoncé vouloir renforcer votre offre sur le segment des pick-up, allez-vous différencier cette offre en fonction des marchés ?

E.L. : Aux États-Unis, nous allons gagner en couverture de marché. Nous allons en effet y commercialiser un pick-up à prolongateur d’autonomie, sur la base du Ram 1500, car l’offre full electric ne correspond pas aux attentes des clients nord-américains. En parallèle, nous renouvellerons aussi notre gamme couvrant les segments "Light-duty", "Heavy-duty" et châssis-cabine aux États-Unis, sur lesquels on retrouve aujourd’hui les Ram 1500, 2500 et 3500. Nous allons également lancer sur ce marché notre Ram Rampage, qui est aujourd’hui commercialisé en Amérique du Sud. D’ailleurs, sur cette région, où le pick-up constitue l’une de nos plus grandes forces, nous renouvellerons également les Fiat Strada et Toro. En revanche, nous ne prévoyons pas pour l’instant d’exploiter le segment des pick-up en Europe. Ce sont des véhicules qui émettent un fort taux de CO2 et qui sont aujourd’hui très peu électrifiés.

 

 

JDF : Quelle place occupe l’Europe, et la France, dans votre feuille de route ?

E.L. : L’Europe reste un pilier majeur de Stellantis Pro One. Cette région représente aujourd’hui 30 % de nos volumes. Si le marché européen du véhicule utilitaire ne sera probablement pas orienté à la hausse, nous n’avons pas, pour autant, pour ambition de perdre en parts de marché. Nous prévoyons donc de renouveler l’ensemble de nos best-sellers actuels mais aussi de commercialiser deux nouveaux modèles sur les segments des fourgons de taille intermédiaire et de grande taille.

 

Le véhicule utilitaire est un important générateur de marges pour nos réseaux de distribution

 

JDF : Dans son plan FaSTLAne 2030, Stellantis a présenté une réorganisation des marques de voitures particulières, dont certaines sont reléguées à une place plus régionale. Pouvons-nous nous attendre à une stratégie similaire sur les véhicules utilitaires ?

E.L. : Ram est bien évidemment destinée à rester aux États-Unis. Mais pour nos cinq marques commercialisées en Europe, que sont Peugeot, Citroën, Fiat, Opel et Vauxhall, nous n’avons pas prévu de changer de stratégie. Nos clients sont en effet attachés à certaines marques et nous nous devons de continuer à les satisfaire. Le véhicule utilitaire est aussi un important générateur de marges et de profitabilité pour nos réseaux de distribution. Cependant, nous veillerons toujours à ne pas multiplier la présence des marques sous le même toit. L’idéal est de conserver une à deux marques par concession pour éviter de la cannibalisation.

 

 

JDF : Vous avez également annoncé votre intention d’enrichir votre offre de services. Pourquoi est-il important pour un constructeur d’utilitaires, comme Stellantis Pro One, de proposer des offres allant au-delà des véhicules ?

E.L. : Nous devons aider nos clients à maximiser la disponibilité de leurs véhicules. Notre objectif est de leur garantir un temps d’immobilisation minimal, afin que leurs véhicules restent le plus possible sur la route plutôt qu’en atelier pour des opérations d’entretien ou de réparation. Nous avons d’ailleurs l’ambition d’atteindre 100 % de disponibilité des véhicules. Nous allons pour cela lancer notre solution Pro One Next, qui est en phase de déploiement au Royaume-Uni depuis le mois d’avril 2026. Ce modèle sera également déployé aux États-Unis et dans d’autres pays européens à compter du mois de juin 2026.

 

Grâce à la connectivité embarquée et à l’intelligence artificielle, nous sommes en mesure, si le client le souhaite, de connaître l’état de fonctionnement et la localisation des véhicules. Cela nous permet d’identifier à l’avance d’éventuels problèmes et de pouvoir intervenir rapidement, en nous assurant par exemple que les pièces de rechange soient disponibles en temps et en heure. Le but est que le client reparte le plus vite possible de la concession.

 

Le concept de conduite autonome "Box on Wheels" de Stellantis Pro One sera présenté au salon IAA de Hanovre, en septembre prochain. ©Stellantis Pro One

 

JDF : Vous allez également présenter un concept baptisé "Box on Wheels", sans émission et sans conducteur, au salon IAA à Hanovre en septembre prochain. Quelle est l’ambition de Stellantis Pro One avec la conduite autonome ?

E.L. : Les opportunités sur la conduite autonome sont quasiment infinies. Il y a une multitude d’applications qui peuvent répondre à tous types de missions, notamment sur la livraison du dernier kilomètre, par exemple. Les véhicules autonomes devraient également permettre de réduire le risque d’accidents et la pollution dans les centres-villes, mais aussi d’abaisser les coûts opérationnels de manière significative. D’autant qu’il existe un cruel manque de chauffeurs sur ce type d’activité.

 

Nous sommes parmi les premiers gros constructeurs européens à nous engager sur le marché du véhicule utilitaire autonome. Nous testons dans un premier temps nos véhicules sur routes fermées, mais nous sommes aujourd’hui en discussions avec les autorités européennes pour pouvoir, dès 2027, réaliser des essais sur routes ouvertes. Nous avons d’ailleurs déjà des communes et des régions en France qui sont prêtes à nous ouvrir leurs portes pour que nous puissions tester nos véhicules autonomes.

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